Photos et explications d'Antoine Misner.

SHERMAN M 4 A4 JEANNE D'ARC 2e CUIRASSIERS MARSEILLE

Prise de la Basilique de Notre-dame de la Garde (Extrait du Journal de marche du 2e Cuirs)

Vendredi 25 août 1944 8 heures

Le 2e Escadron, Escadron Fougère, est rassemblé cours Pierre Puget !

Que de sensations fortes depuis hier ! Cette atmosphère de guêpier du boulevard Longchamps... ce départ nocturne de Marseille à travers des rues pleines de menace... ce retour, ce matin, salué par les folles acclamations des populations de la banlieue Est...

Et maintenant il s'agit d'appuyer le Bataillon Martel du 7e R.T.A., chargé de l'enlèvement de la colline de Notre-Dame-de-la-Garde.

Un coup d'oeil sur le décor de l'acte qui va se jouer. Il est affreux... rues étroites, pentes impressionnantes, tournants en épingle à cheveux... En un mot, terrain d'embuscades, terrain de corps à corps, opposant à nos Sherman des difficultés qui semblent insurmontables.

Bien des atouts par contre entre les mains de l'ennemi...

Mais y a-t-il un avantage matériel qui puisse contre-balancer l'énorme supériorité de moral d'une armée déjà victorieuse ? Et puis, dans tout l'azur du ciel d'août, la "Bonne Mère" attend qu'on la délivre...

La liaison est prise avec le 7e Tirailleurs.

On est d'accord.

Le peloton Moine appuiera la progression de l'Infanterie, à gauche, par la rue de Breteuil.

Le peloton Laporte agira à droite, en essayant de déborder l'objectif par l'Ouest.

Les moteurs sont en marche, les équipages, à leurs postes.

Il est 9 heures ; on part.

Les Sherman de Laporte s'engouffrent dans le boulevard de la Corderie. Fracas de chenilles sur le macadam, puis grondement des 75 ; c'est une arme anti-char boche qui vient d'être réduite au silence.

Mais comme c'est commode de faire la guerre au milieu de toute une population qui veut suivre le déroulement du combat !

Voilà le boulevard Tellene ! C'est le moment d'obliquer à gauche pour monter vers Notre-Dame-de-la-Garde.

Malheur ! Impossible de passer ! la pente est trop forte, les tournants, trop serrés dans une rue étroite.

Que faire ?

Il faut se résoudre à une attaque frontale par le boulevard Gazzino, puisque tout débordement est impossible.

La radio transmet : "Demi-tour !"

C'est de nouveau le cours Pierre Puget !

"En avant, à droite !"

Le JEANNE D'ARC est en tête, suivi du JOURDAN : c'est le groupe commandé par le Maréchal-des-Logis-Chef Lolliot.

Puis viennent le JOFFRE, cher du Lieutenant Laporte, le JEAN-BART, le JOUBERT.

Monteront-ils ? Cette pente est si raide ! Le JOUBERT peine, s'arrête, recule... le conducteur n'est plus maître de son engin... fracas de vitres brisées... le char vient d'enfoncer la devanture d'un magasin. Il est immobilisé, une poulie folle rompue...

Ses camarades continuent à travers un déluge de feu.

Le crépitement des rafales d'armes automatiques, entremêlé de sifflements d'obus anti-chars, se répand dans les rues ; son écho retentit , se perd au loin.

Les chars avancent cependant, implacables ; leur feu puissant et précis domine celui de l'ennemi.

Le JEANNE D'ARC est déjà tout près de la basilique, à côté des ascenseurs ; il est soutenu par le JOURDAN.

Les lance-flammes, les bazookas, les grenades incendiaires, viennent d'entrer en jeu.

Le Lieutenant Laporte s'est arrêté sur une petite place, au bout du boulevard Gazzino. Avec le JOFFRE et le JEAN BART, il doit faire face, aussi bien en avant, vers Notre-Dame-de-la-Garde pour aider, par son feu, le groupe Lolliot, que vers l'arrière, en direction du boulevard Tellène : le boche est partout.

C'est le corps à corps et nous n'avons pas d'infanterie... les tirailleurs n'ont pas pu suivre... comment exploiter ce magnifique succès, si près de l'objectif ?

Bruit de chenilles... c'est le DUGUESCLIN, c'est le Capitaine Fougère... il rejoint le Lieutenant Laporte.

Un coup d'oeil sur la situation... les tirs ennemis qui viennent de l'Ouest sont bien gênants, d'autant plus que la visibilité est très mauvaise de ce côté... le DUGUESCLIN et le JOFFRE écrasent le mur du jardin de l'évèché, se portent à droite, ils sont désormais mieux placés.

Un véritable bolide enflammé dévale soudain la colline. Il enfonce l'enceinte du jardin, déjà ouverte d'ailleurs et explose à moins de cinq mètres du JOFFRE.

C'est le JEANNE D'ARC.

Lance-flammes ? Grenades incendiaires ? Les deux à la fois sans doute... Peut-être aussi arme anti-chars...

Le JEANNE D'ARC n'est plus qu'une épave fumante. Le Maréchal-des-Logis Keck, chef de char, Le Cuirassier Guillot, tireur et le Cuirassier Clément, chargeur, viennent de tomber glorieusement au Champ d'Honneur.

La plaque du monument  

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